Chapitre 1 – Un parfum de mystère
Adossée au vieux chêne qui faisait face à la vallée, Lola contemplait la nature qui s’étalait devant ses yeux comme une reine alanguie au soleil. Un vent tiède arrivait du sud. Un vent de printemps qui semblait vouloir emporter avec lui la longue tresse rousse dont l’élastique avait renoncé à contenir les mèches cuivrées qui ne demandaient qu’à danser.
Lola, les deux bras enroulés autour de ses genoux repliés, était pensive. Comme toutes les jeunes filles de son âge, la manière la plus simple de s’évader du tumulte incessant et confus de ses émotions était encore de se laisser aller à la rêverie. Une pensée, en particulier, ne cessait de revenir à elle : il y avait quelque chose de changé, dans la maison. Et elle ne pouvait s’expliquer quoi.
Pour la première fois, elle avait été autorisée à séjourner quelques jours, seule à seule avec elle-même, dans la maison familiale. C’est un chagrin d’amour qui l’avait poussé entre les quatre murs de la grande demeure. Bien sûr, un chagrin d’amour : ce sont toujours les peines de cœur qui précipitent les jeunes filles dans les bras du silence et de la solitude.
Elle ne savait pas vraiment ce qu’elle espérait en venant ici, mais à l’instant où elle avait franchi les grilles de l’imposante entrée, elle s’était sentie mieux. Non pas bien, mais mieux, ce qui était déjà beaucoup. Comme si les soucis, soudain, s’étaient un peu rétrécis dans sa tête, elle s’était sentie plus légère. L’odeur du café lui avait paru agréable et elle avait pris plaisir à grignoter quelques noix, adossée à la paillasse de la cuisine. Elle avait aimé s’endormir avec le bruissement des arbres dont certaines branches grattaient timidement à la fenêtre comme si elles demandaient à rentrer, et elle avait profité comme jamais auparavant du grand jardin d’hiver où les plantes semblaient dotées d’une vitalité animale et faisaient comme une sorte de petite jungle apprivoisée sous le grand toit de verre.
Voilà plusieurs heures qu’elle était installée là, sous la voûte verte à travers laquelle scintillait un million d’éclats de soleil qui lui donnaient la sensation époustouflante de contempler, en plein jour, un ciel étoilé par quelque manifestation magique. Sans qu’elle en ait vraiment conscience, son regard était attiré par un point mouvant, à l’orée du chemin qui marquait l’entrée dans la forêt. Elle le suivait des yeux, machinalement, pendant qu’il se rapprochait.
Au bout d’un long moment, le point devint une forme ; un peu plus tard, la forme devint silhouette. Elle se rendit compte à ce moment-là qu’elle n’était pas seule et cela suffit à la ramener à la réalité.

